C d’une A : Art. 3.4 : Mais pourquoi tous ces 김, GIM, 이 I et 박 BAK ?

Chronique d’une adjoumoni 아주머니 qui apprend plein de choses en regardant des KDrama. Article 3.4.

Mais pourquoi tous ces 김, GIM, 이 I et 박 BAK ? Ou comment comprendre les appellatifs coréens.

Version sonore en cours d’enregistrement. Merci à WOOSUNG “Lazy”.

On remarque déjà dans le titre, que le sujet est tellement complexe, qu’il vaut mieux dire les « appellatifs » au pluriel plutôt que les noms.

En Corée, le groupe est toujours au-dessus de l’individu. L’appellatif symbolise donc l’appartenance de l’individu à un groupe humain et à ses terres. L’homme en Corée n’existe pas en tant qu’individu, mais en fonction de sa famille, de son entreprise…

L’appellatif coréen 이름 / est souvent en 3 syllabes. La première pour le patronyme et donc la même pour le clan. La deuxième pour le marqueur générationnel : DOLLIMJA  (le rang dans le clan) et la troisième pour le post nom, qui devient alors le pilier de l’individualisation.

La corrélation des post nom coréens avec le sexe est complexe et, par rapport aux langues européennes, moins cohérente. Certaines syllabes sino-coréennes portent des connotations masculines, d’autres féminines et d’autres unisexes. Ces connotations peuvent varier selon que le caractère est utilisé comme premier ou deuxième caractère du nom donné.

Traditionnellement, on ne donnait pas de post-nom au nouveau-né avant ses 100 jours. Héritage des temps anciens où les misères du monde risquaient de l’emporter trop vite. La coutume ancestrale consistait à protéger les nouveau-nés de « la voracité des esprits mauvais » en les affublant d’un nom décourageant le amyeong (nom de l’enfance) tel que « fruit pourri » « bouse de vache » « crotte de chien »… Cependant, aujourd’hui, il convient de déclarer l’enfant à sa naissance.

A savoir que le titulaire du post nom pourra le changer à sa convenance. Il adoptera un alias que l’administration entérinera sans autre forme de procès.

Enfin, la romanisation du nom est créée en fonction des préférences personnelles du détenteur. A noter d’ailleurs, que de nombreux noms coréens ont été romanisés incorrectement à partir de leur prononciation réelle. Par exemple, KIM, LEE et PARK sont prononcés plus proches de Gim, Yi et Bak en Corée. Afin de corriger ce problème, le ministère de la Culture et des Sports de Corée du Sud a développé la Romanisation révisée du coréen pour remplacer l’ancien système McCune-Reischauer en 2000.

Maintenant l’orthographe officielle de ces trois noms a été changée en GIM, I et BAK. Depuis cette réforme, le gouvernement coréen encourage les personnes qui font un passeport à plutôt les utiliser. (En fait l’éternel débat du KIM ou GIM, PAK ou BAK sera toujours existant, puisque de toute façon, il s’agit d’un son aspiré, trait distinctif, du coréen que nous n’avons pas en langues romaines !).

Le post nom officiel est en fait très loin d’être un appellatif stable pour désigner une personne.

Ainsi jadis, utilisait-on plutôt un HAEKHO pour désigner une fillette de la campagne. Sa vie durant elle portait donc le nom de « Crotte de chien » bébé, puis « Crevette » enfant. Adolescente on la nommait «Fille de BAK » puis en tant que femme mariée « Epouse de GIM ». A la naissance de son fils ainé elle était « Maman de JONG HO » puis finissait comme «Halmeoni » (grand-mère) pour tous. Ainsi, sa vie durant, peu la nommait par son appellatif inscrit dans le JOKBO족보.

Le post nom n’est donc qu’un appellatif parmi d’autres, auquel se substituent, encore aujourd’hui, des termes liés aux relations d’âge et aux rapports sociaux ou familiaux.

En fait, l’usage du post nom est vertical, du haut vers le bas. Appelleront par le post nom, les parents (quoique, ils diront plutôt « Fils », « Fille »), les ainés, les oncles et en dehors de la famille : les maitres, les camarades (plus âgés ou strictement de la même année). Nul n’appellera n’importe quel ainé par son post nom. S’il le fait, cela considéré comme un intolérable signe de rébellion.

C’est ainsi, que toute sa vie durant, le Coréen utilise une variété de remplacements pour le nom réel de la personne. Tout un système d’appellatifs protocolaires selon qui il est et à qui il s’adresse : Oppa, Eonni, Hyeong… (voir cours de hangeul sur la famille !!!).

Il est acceptable chez les adultes de statut similaire de s’adresser à l’autre, avec le suffixe SSI, mais toujours par le nom complet GIM SO HYUN SSI. Cependant, il est inapproprié de s’adresser à quelqu’un par le seul nom de famille, même avec le suffixe SSI씨. Chaque fois que la personne a un grade officiel, il est typique de s’adresser à elle par le nom de ce grade (tel que «Manager»), souvent avec le NIM님honorifique ajouté en suffixe.

Donc, on l’aura compris, le NOM et plus encore le POST NOM s’utilisent peu, très peu. Et ce, encore moins, en entreprise. Même si un lien plus intime s’est construit, le subordonné nommera toujours son chef par : « Sous-directeur au recouvrement des impayés NIM.

La « création » des appellatifs en Corée est très complexe et a bien sûr beaucoup évoluée au fil du temps.

Le premier enregistrement de noms coréens est apparu dès le début de la période des Trois Royaumes (57 av. JC – 668). Un système complexe, comprenant des noms de courtoisie et des noms de plume, ainsi que des noms posthumes et des noms d’enfance, est né de la tradition confucéenne.

Mais avec l’adoption croissante du système d’écriture chinois, ces noms ont été progressivement remplacés par des noms basés sur des caractères chinois (les hanja).

Chaque nom de famille a été divisé en clans BONGWAN, identifiant la ville d’origine du clan. Les clans sont subdivisés en PA, ou branches provenant d’un ancêtre commun plus récent. Selon les traditions, chaque clan publie une généalogie complète (JOKBO) tous les 30 ans.

Au début, l’utilisation des noms de famille était limitée aux rois. Seule une poignée de personnages de la période des Trois Royaumes est enregistrée comme ayant porté un nom de courtoisie.

Pour les hommes de la classe aristocratique, les YANGBAN 양반, un système complexe de noms alternatifs a émergé à l’époque JOSEON (1392 – 1897) alors que les roturiers n’avaient généralement qu’un post nom.

Ces noms de famille étant à l’origine un privilège réservé à la classe YANGBAN, les membres des classes moyennes et communes de la société JOSEON payaient fréquemment pour acquérir un nom de famille d’un YANGBAN et ainsi, être inclus dans un clan.

Cette pratique est devenue endémique au 18ème siècle, conduisant à une croissance significative de la classe YANGBAN mais aussi, de facto, en affaiblissant sa domination sociale. Par exemple, dans la région de DAEGU 대구, en 1690, les YANGBAN représentaient 9,2 % de la démographie, puis 70,3 % en 1858.

Il a fallu attendre le GABO, Réforme de 1894 pour que tout Coréen puisse prétendre à adopter un nom de famille. Selon un recensement appelé le MINJEOKBU achevé en 1910, plus de la moitié de la population coréenne n’avait pas de nom de famille à l’époque.

Pendant une brève période après l’invasion mongole de la Corée sous la dynastie GORYEO, les rois et les aristocrates coréens avaient des noms mongols et sino-coréens.

Pendant la période de domination coloniale japonaise (1910 – 1945), les Coréens ont été forcés d’adopter des noms de langue japonaise (Tsūshōmei) car c’était celui qui était utilisé dans de nombreux contextes officiels (comptes bancaires, santé…). En 1940, bien que le gouverneur général japonais ait officiellement interdit la contrainte, les fonctionnaires de bas niveau forçaient les Coréens à adopter un nom de famille et des prénoms de style japonais. En 1944, environ 84 % de la population avait enregistré des noms de famille japonais.

Après la libération de la Corée de la domination japonaise, l’ordre de restauration du nom a été émis le 23 octobre 1946 par l’administration militaire des États-Unis, permettant aux Coréens de restaurer leurs noms coréens originaux s’ils le souhaitaient.

On le voit, l’origine du nom coréen est très complexe. Il est finalement assez difficile de dire pourquoi ces noms en particulier. Ce serait peut-être les YANGBAN qui auraient choisi ces noms pour leurs significations en hanja utilisés pour les  symboles royaux, de richesse et de prospérité qu’ils expriment :

김 – Kim (23 %) signifierait « or »,

이 – Lee (15 %) signifierait « prune »,

박 – Pak (9 %) signifierait « magnolia ».

Quoiqu’il en soit, à présent, vous pouvez écouter avec une oreille encore plus attentive les Kdrama et mieux entendre pourquoi ce personnage appelle tel autre de telle façon.

Il est probable qu’en conservant et en continuant d’utiliser ses marqueurs de respect, les Coréens font preuve d’une remarquable résistance en conservant leurs racines et ce malgré la société contemporaine qui veut tout détruire pour aller… pali pali.

Mad in Palou P VII / 2022

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est PALOU_SIGNATURE_2CM.png.

Toutes ou presque, mes sources sont citées dans la chronique « SACERDOCE ».

Pour aller plus loin :

https://stringfixer.com/fr/Korean_name

revue.coree-cuture.org

A noter :

une autre complication dans le texte coréen est que le pronom singulier utilisé pour identifier les individus n’a pas de sexe. Cela signifie que la traduction automatisée identifie souvent mal ou ne parvient pas à identifier le sexe des individus dans le texte coréen et présente ainsi une sortie en anglais guindée ou incorrecte. À l’inverse, le texte source anglais ne contient pas non plus d’informations sur le statut social et l’âge critiques pour un rendu fluide en coréen.

Ici, j’en profite pour remercier l’excellent travail des traducteurs de Kdrama et pourquoi, quand il est bien fait, le travail du traducteur, métier ingrat s’il en est, est si difficile et pourtant, si capital !

Avec un peu de hangeul et de recul, je peux mieux m’apercevoir de la passion que cela demande de « bien » traduire un jeu de mot, un adage… Bravo à vous, personnes de l’ombre qui me permettez de passer tant de bons moments en regardant des Kdrama en VO sous-titrés en français. Respect et mille mercis. 많은 감사.

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