C d’une A. Art. 8 : 한국 음식 La culture de la nourriture.

Chronique d’une adjoumoni 아주머니 qui apprend plein de choses en regardant des KDrama. Article 8. Ou comment dire vraiment “Je t’aime !” en coréen : « As-tu fait 3 repas par jour ? ».

Comment résumer un Coréen en 4 mots ? Cuisine coréenne, kimchi, soju et URI !

Bien sûr, il est impossible de faire cela ! Tout comme il serait impossible de résumer un Français par : cuisine française, fromages, vins et râleur ! Quoique !!! LOL !

Cependant, il n’est pas faux de dire que la nourriture est toujours au cœur de la vie d’un Coréen et pas seulement pour se nourrir ! Ce qui peut sembler être une simple activité (manger) peut en fait créer de nombreuses erreurs de respect d’étiquette qui peuvent être très mal interprétées.

Une des premières choses qui m’a interpelé en regardant des KDrama c’est l’utilisation dans le quotidien de « phrases alimentaires » pour se soucier de l’autre, pour lui dire de prendre soin de lui, et donc, pour lui montrer son intérêt, son affection et son amour. Cela se pratique entre parents et enfants, entre amis, mais aussi et bien sûr, entre amoureux. C’est plus naturellement qu’on entendra : «Tu as dîné ? » auquel l’autre répondra forcément : « Né ! » pour rassurer le premier qui s’inquiétait que de l’entendre dire tout de go : « Tu m’aimes ? » ou « Je t’aime ! ».

D’ailleurs, il n’est pas rare de voir que le « donneur » d’attention, porte en quelque sorte la becquée à son “aimé” en disposant avec précaution et ses baguettes sur le haut du bol de riz de son « protégé », un morceau de choix donc de la viande ou du poisson. Voir même l’offrira directement à la bouche de l’aimé(e).

Pour demander à quelqu’un s’il a mangé (et donc lui envoyer un signe d’attention !) la main droite est portée à hauteur de la joue droite, un peu en avant, en imitant avec l’index et le majeur le mouvement des baguettes qui se rapprochent et s’écartent.

Donc finalement, “Je te porte de l’attention, tu m’es cher !” « Prends soin de toi ! » “Je t’apprécie, je t’aime !”… se dit plutôt avec cette phrase : «Manges bien 3 repas par jour ! ».

Alors, pourquoi cette phrase ?

Un rapide point historique s’impose ! De par sa situation géographique (“coincée ” entre ses deux grands voisins que sont Chine et Japon), la Corée a toujours connu guerres et occupations. C’est d’ailleurs, entre autre, parce qu’elle était le « grenier à riz » de la Région qu’elle a été occupée, très durement, de 1905 à 1945 par le Japon. Puis la guerre de Corée s’est achevée en 1953. Ensuite, les Coréens ont dû subir la dictature PARK jusqu’en 1979. Le PIB était alors parmi les plus bas du monde. C’est aussi de ces années de famine et de misère que le fort sentiment de URI (le collectif avant tout) provient et domine toujours.

Alors qu’elle se relevait bon an, mal an de ces années noires et que la situation s’améliorait un peu en ce début des années 1990, elle a de nouveau été touchée de plein fouet par la crise économique asiatique de 1997. Bien que le URI coréen a “offert” près de 200 tonnes d’or à son gouvernement pour qu’il se relève, cela n’a pas empêché le won de perdre plus de 50 % de sa valeur face au dollar. Les licenciements se font massifs et les taux d’endettement des familles les poussent au désespoir. Toutes les couches de la société coréenne sont marquées. A un point tel que les conséquences se font encore sentir plus de 10 ans plus tard et parfois même aujourd’hui encore ! (Non, Squid Game, n’est pas si en dehors de la réalité quant à son point de départ !).

Ce n’est que depuis le début des années 2000 que la croissance économique coréenne force le respect. Ce qui n’empêche pas que les inégalités sociales de toutes sortes soient toujours au cœur du quotidien.

Qu’en est-il en 2023 ? 52 h de travail hebdomadaire (que le nouveau Président veut refaire passer à 68 !!!), 15 jours de congés annuels (qu’il n’est pas de bon ton ton de prendre et certainement pas en une seule fois !) évolution du chômage, dettes et crédits pour payer logement qui ne cessent d’augmenter et/ou financer les études très onéreuses des enfants, sont le lot quotidien de la majorité des Coréens.

Donc, on comprend mieux pourquoi le fait de pouvoir manger 3 repas par jour, reste encore, plus ou moins inconsciemment, une priorité !

Et d’ailleurs, quand on commence à regarder des Kdrama, on ne peut que noter le nombre de ceux-ci dont l’intrigue tourne autour de la nourriture et le nombre de scènes autour de la nourriture dans chacun des Kdrama !

Quand le riz n’est pas une simple céréale !

Il n’existe pas moins de 50 mots pour parler du riz en langue coréenne ! Le plus connu : 밥 bab(p), veut en fait dire : riz blanc cuit. Et donc la phrase : « 밥 먹었니 ? 더 먹어라 !» (Bab meogeonni ? Do meogo la !) qui peut se traduire par « As-tu mangé du riz (blanc cuit) ? Mange-en encore !” est une phrase très fréquemment posé et à tout moment de la journée.

밥 먹었니 ? (As-tu mangé du riz cuit ?)

La Coréenne MAYA explique dans son blog que sa grand-mère lui demandait tous les jours et même plusieurs fois par jour : « 밥 먹었니 ? 더 먹어라. » (As-tu mangé du riz cuit? Mange-en encore.). La phrase veut même dire exactement : « As-tu mangé du riz blanc cuit et chaud ». Cette phrase est traduisible mot à mot. Mais finalement, l’intention qu’elle contient ne l’est pas. Même les voisins Japonais ne comprennent pas pourquoi les Coréens posent la même questions à chaque heure de repas : « 밥 먹었니? (Bab meogeonni?) »

Après la guerre de Corée, la Corée du Sud était l’un des pays les plus pauvres au monde. Les gens mangeaient des bouillies de riz noir, cassé ou des pommes de terre. Si on avait de la chance, on pouvait manger deux fois par jour. Mais manger un bol de riz blanc chaud était un luxe extrême que peu pouvait s’offrir. En fait, le mot 밥 (Bab) veut littéralement dire « riz blanc cuit » mais aussi et plus symboliquement «repas chaud et nourrissant».

Alors afin de prendre soin les uns des autres (URI), les Coréens vérifiaient par cette phrase que leurs proches n’étaient pas affamés, ou qu’ils n’étaient pas obligés de sauter des repas. Et, si la réponse était négative, même si le visiteur était arrivé sans prévenir, il fallait partager la nourriture et manger ensemble (URI). Voilà pourquoi, aujourd’hui encore, «manger ensemble » est un acte qui a du sens pour les Coréens. C’est un acte de partage qui définit le JEONG et le URI. (Voir article).

En Corée, si un(e) ami-e coréen-ne vous demande de jour comme de nuit «As-tu mangé du riz cuit ? » (밥 먹었니 ? ou 밥 먹었어? Dans le style familier), c’est pour vous faire savoir qu’elle a une pensée aimable et amicale envers vous. Combien de fois avons-nous vu cette scène dans un KDrama ? Le fils, la fille entre dans la maison, tard le soir et dit : « Je suis rentré(e) ! ». Et aussitôt, la mère ou le père de demander : « Tu as mangé ? ». Et l’enfant (de tout âge) de répondre : « Oui, je viens de manger ! ». Même si cela n’est pas toujours vrai. Car on ne veut pas inquiéter l’autre. On comprend mieux aussi, la symbolique d’inviter son aimé(e) a un bon repas, celle des repas d’entreprise et même, le repas offert au défunt lors de la célébration de son commémoration. Voir plus loin.

Qu’en est-il au quotidien et des règles à respecter pour chaque repas : une véritable cérémonie !

L’art de partager son repas dans la convivialité coréenne est viscéralement ancré dans les mœurs. Mais, il est extrêmement difficile de s’affranchir des codes confucéens implicites pour chaque type de repas. Ces règles sont d’ailleurs répétées et assimilés dès l’enfance. Là, encore et toujours, les principes confucianistes du respect à l’ainé.

Quelques règles à respecter :

Quand on arrive au restaurant, vérifier s’il faut retirer ses chaussures !

C’est seulement quand la personne la plus âgée s’est assise que l’on peut choisir son siège dans la pièce (par rapport à l’âge et la fonction, le siège d’honneur fait face à la porte…),

et qu’elle commence à manger, que les moins âgés pourront commencer à prendre leurs couverts.

C’est le plus jeune qui met la table (baguette, cuillère, serviette, verre, carafe). Au restaurant, les couverts sont rangés dans un tiroir sur le côté de la table ou dans une boîte sur la table. C’est la personne la plus proche des couverts qui les passe à tous les autres, avant de prendre les siens. On place les baguettes et la cuillère dans une serviette en papier avant de les tendre à la personne (à deux mains !). Lorsque les boissons arrivent à table, si elles sont disposées à côté de vous (ou si vous êtes le plus jeune) remplissez d’abord ’abord le verre de chacun des autres convives (à deux mains) avant de vous servir vous-même. (Voir article sur la cérémonie de la boisson).

On doit respecter la manière de boire (ne pas se servir soi-même, tenir son verre à deux mains, tourner la tête devant les ainés ou supérieurs lorsqu’on boit…). . (Voir article sur la cérémonie de la boisson).

C’est le plus âgé (ou le plus gradé) qui règle l’addition !

Rassurez-vous ! Un Coréen ne vous en voudra jamais de ne pas connaître toutes les règles. Mais faites preuve de respect et essayez de respecter les principales. Il n’en sera que plus touché. Même si, bien sûr, il ne vous le montra aucunement !

Les incontournables du repas coréen :

Un repas coréen est donc constitué : d’un bol de riz blanc, d’un bol de soupe, de banchan (plus d’une dizaine parfois) et de kimchi pour relever le goût.

Riz blanc et soupe. C’est d’ailleurs pourquoi on dresse toujours la table avec baguettes « en fer » et grande cuillère à long manche. Il faut mettre son couvert à droite du bol de riz : la cuillère d’abord, puis la paire de baguettes à l’extérieur. Le bol de riz blanc sera toujours individuel. Un bol est égal à une portion ! La soupe quant à elle, si elle est à côté de votre bol de riz, se nommera 국 (Gook) et sera individuelle. Si elle est au milieu de la  table, elle se nomme 탕 (Tang) ou 찌개 (Tchigae) et sera partagée entre tout le monde.

반찬 Banchan environ une dizaine de plats complémentaires.

Là encore, c’est le collectif qui prime sur l’individu. Les repas sont donc constitués de ces plats « collectifs » disposés au centre de la table et à partager entre tous les convives.

Ne fouillez, ni ne papillonnez pas avec vos baguettes dans ces Banchan. Une fois que vous en touchez un, ne le lâchez pas et prenez-le. C’est très malpoli de fouiller et ce, d’autant plus que vous partagez certainement le plat avec les gens qui vous accompagnent. Ne prenez pas deux Banchan à la fois non plus. Prenez une cuillère de riz et un Banchan à la fois…

Il existe bien sûr des plats plus typiques, la liste est longue. A vous de les découvrir ! Quant au kimchi, il en existe probablement autant de recettes, de sortes et de variétés que de familles coréennes. C’est dire !

On peut aussi remarquer que d’offrir un steak de bœuf coréen (Le bœuf de Hanwoo) reste un mets de « luxe » du même ordre que le bœuf de Kobe ou le Black angus.

Enfin, la nourriture quotidienne se compose aussi de plats d’origines chinoise (les nouilles aux haricots noirs par exemple), japonaise, vietnamienne, thaïlandaise… Et à présent, de cuisine occidentale, surtout la cuisine italienne avec les pasta et les pizza, mais aussi les sandwiches.

Alors oui, sachez-le, en Asie, il serait très impoli de ne pas faire beaucoup de bruit en mangeant ! Surtout la soupe et les nouilles. Cela veut dire que l’on se régale et que l’on complimente le Chef pour son repas !!! Accompagné de bruits de mâchoires et de lèvres pour les mets solides et d’une aspiration sonore pour les liquides, souvent ponctuée d’un « Ah ! » ou d’un « C’est délicieux ! » de satisfaction. Les liquides sont généralement aspirés brûlant avec force bruit et l’incontournable « Oh c’est brulant ! ». On notera également le bruit de langue contre le palais après avoir bu le premier shot de soju !

Comment manger le riz (blanc)

Tout d’abord quel riz ? Le choix du riz est capital. Les coréens ne mangent que du riz rond. Jamais (ou presque) de riz long ou parfumé qu’ils détestent à cause du manque de viscosité. Ils préfèrent avant tout, l’aspect « gluant ».

Le riz est toujours servi dans un bol à part quand il s’agit de riz blanc. Il est mangé avec la grande cuillère car souvent trempé avec un peu de soupe. Les Coréens ne portent pas leur bol de riz au niveau de leur bouche pour pousser le riz avec leurs baguettes. Le bol reste sur la table et c’est la cuillère ou les baguettes métalliques qui portent à la bouche le riz et les portions de banchan prélevés (contrairement au Japon par exemple, ou le bol est soulevé et les baguettes portent le riz à la bouche).

Si les baguettes ne sont pas alignées, ne les tapez jamais ensemble sur la table. Mettez-les dans les deux mains et  alignez-les sans bruit. Ne jamais mettre non plus, ni les baguettes, ni la cuillère, debout dans le bol de riz même si ça tient bien ! Ce geste symbolise une nourriture offerte aux défunts (on pique l’encens dans le riz). Ne pointez jamais vos baguettes vers une autre personne. Gardez-les toujours pointées vers votre nourriture ou votre bouche.

Ne vous léchez pas les doigts en mangeant. C’est considéré comme sale et impolie. Il y a des serviettes (parfois humides) et même des gants en plastique transparent. Vous pouvez même demander pour certains plats, un tablier ! Utiliser des mouchoirs pour cacher les os.

Le Kimchi

Le Kimchi est le met traditionnel le plus représentatif de la Corée. Il est impossible d’imaginer une table coréenne sans Kimchi. Les coréens en mangent à tous les repas. En résumé, le Kimchi est un plat complémentaire de légumes lacto-fermentés. Souvent à base de chou chinois, il est traditionnellement épicé et pimenté, mais par exemple, pour le 백김치Baek-Kimchi, ou Kimchi blanc, il n’y a pas de piment. Il peut être aussi réaliser de toutes sortes d’autres légumes : radis, navet, concombre, feuille de haricots… En réalité, il y a plus de 300 sortes de Kimchi. Chaque famille pouvant réaliser son Kimchi, il y a donc autant de recettes et de sortes de Kimchi qu’il y a de familles coréennes !!!

Fêtes et rites traditionnels dans lesquels la nourriture a une place prépondérante

Le doljabi (돌잡이) la fête du premier anniversaire

Le premier anniversaire est une fête importante pour les enfants. Autrefois, la mortalité infantile était très élevée parce que la médecine n’était pas aussi développée que maintenant. Donc les gens pensaient que si un enfant survivait à sa première année, il aurait plus de chances de vivre. Pour cette raison, ils organisaient une fête spéciale pour célébrer ce premier anniversaire. Jadis célébrée à la maison avec famille et amis, les parents préparaient des plats spéciaux (baekseolgi (백설기), songpyeon(송편) les susupatteok (수수팥떡)… Ces gâteaux étaient disposés sur une table ou un buffet comme offrandes. Lors de cet anniversaire, avait lieu le doljabi (돌잡이), sensé prédire l’avenir de l’enfant. Les parents étalaient différents objets comme des pinceaux, des livres, de l’argent, un arc et un écheveau de laine sur la table. Ensuite ils laissaient l’enfant en prendre un. Les gens pensaient que le choix de l’enfant déterminait son futur (arc = un bon général. Echeveau = longévité. Livre et pinceau = érudit. Argent = marchand et riche).

De nos jours, ce premier anniversaire est organisé au restaurant, dans une salle de fêtes ou un hôtel. Les familles, les proches et les collègues s’y réunissent en grand comité et maintenant, sur la table, il y a toujours les gâteaux spéciaux mais les invités mangent les plats du buffet du restaurant. Certains objets du doljabi (돌잡이) ont disparu et d’autres se sont ajoutés avec la modernité : stéthoscope, ballon, microphone et stylo. Mais les intentions sont les mêmes : que les bébés grandissent en pleine santé et qu’ils fassent ce qu’ils voudront ! (Alors là… pour ma part je suis bien septique au regard de la pression mise par les mères Asiatiques pendant la scolarité de leurs enfants  !!!).

추석  Chuseok, la plus grande fête en Corée du Sud

Cette fête annuelle du « nouvel an coréen » qui réunit toute la famille vaut un article à elle seul, aussi je vous laisse vous renseigner. Mais bien évidemment, la nourriture y a une place prépondérante. A remarquer qu’il est très rarement fait mention de cette fête dans les Kdrama !

Le rituel de Jesa (제사) pratique commémorative à la date de l’anniversaire du décès d’un proche

Le rituel de Jesa est quant à lui présent dans presque chaque Kdrama. On remarque ainsi que c’est quelque chose de profondément ancré dans les coutumes coréennes. Vénérer l’ancêtre, le parent, l’ami défunt.

Pour mieux comprendre il faut savoir qu’en Corée, les croyances autour de la mort ont 3 sources : le chamanisme coréen, le bouddhisme et un mélange du confucianisme et de taoïsme chinois. Il existe également des pratiques folkloriques variées, propres à une région ou même à une seule famille.

Il y a énormément de codes à respecter pendant cette cérémonie et ce, même si elle se passe uniquement en famille entre proches. A un certain endroit de la maison (avec un paravent et des tablettes inscrites en chinois, souvent la photo du défunt avec un ruban noir) une table est installée au ras du sol. Sont disposés dessus, un certain nombre d’aliments qui respectent des codes très précis. Par exemple il peut devoir y avoir du rouge à l’ouest, du blanc à l’est (d’où la présence de pommes et de poires…) et toutes sortes d’aliments que le défunt appréciait, disposés dans des bols rouges spécifiques et destinés à cet usage exclusif. Les personnes qui commémorent sont vêtues de noir (costume-cravate pour les hommes, et robe pour les femmes. Quelques fois en hanboks). Chaque personne doit faire deux prosternations complètes à genoux, avec le front au sol. Des plats rituels sont cuisinés (souvent depuis la veille vu le temps que cela peut prendre. On voit par exemple des genres de galettes) mais l’on prépare aussi les mets préférés du défunt. On voit souvent dans les Kdrama que c’est la belle fille (même si elle n’a pas connu le défunt !) et les filles qui sont mises à contribution pour la réalisation de ce repas et que cela demande du temps et de l’énergie. Car on peut alors pour l’occasion, réunir famille et amis proches du défunt ! Pour partager ensuite tous ces mets préparés lors d’un repas commun ! Encore et toujours le URI. Le partage pour le collaboratif.

먹방 Le mukbang

Il m’a semblé impossible de parler de nourriture en Corée sans parler du « mukbang » (mok-ja (manger) et bang-song (diffusion). C’est probablement le mélange de toutes les raisons citées dans cet articles qui explique le succès viral que sont ces orgies culinaires filmées en direct et mises en ligne. La majorité des Coréens, qui vivent à Séoul (plus de 10 millions d’habitants), vivent seuls et dans de minuscules appartements. Manger et parler autour d’un repas « virtuel » s’est avéré être une façon de se sentir proche des autres, puisqu’en direct et permettant d’interagir. Cependant, on ne peut que souligner les ravages que cette pratique peut engendrer !

Traditions autour de la nourriture

Pourquoi on n’invite pas quelqu’un à manger chez soi ?

Lors d’un premier contact avec l’Asie, la première chose que l’on remarque, c’est la foultitude de restaurants de toutes sortes et le nombre de personnes dans chacun d’entre eux.

En Corée comme dans d’autres de ces pays, la norme n’est pas d’inviter quelqu’un chez soi. Le « Home sweet home » est un espace personnel et protégé. Enfin du non collectif !!! Seuls les très proches peuvent y avoir accès. Par ailleurs, la tradition veut que les jeunes adultes vivent chez leurs parents tant qu’ils ne sont pas mariés. (D’où le grand nombre de motels et « love hotels » qui ne sont pas du tout considérés comme « mauvais » !). Enfin, si on vit loin de chez parents, parce qu’on fait des études à Séoul par exemple, son « chez soi » est souvent très petit (en raison du prix exorbitant des loyers) et il est difficile d’y inviter. Cependant, les coutumes, là aussi, tendent à changer. En raison des restaurants et bars fermés pendant la pandémie, de plus en plus de jeunes ont pris l’habitude d’aller les uns chez les autres pour boire et manger. A noter également, l’explosion des livraisons à domicile qui était déjà très pratiquée avant la Covid 19.

Le 회식 hweshik : le diner d’entreprise

Traditionnellement, le hweshik, était un diner d’entreprise auquel chaque employé était tenu d’assister car sensé permettre de créer du lien. Il pouvait se tenir jusqu’à une fois par semaine ! Voire plus ! Mais populairement critiqué et pointé du doigt comme source de harcèlement et de stress, en raison de son caractère obligatoire, de l’étiquette à respecter, de l’atmosphère tendue et inconfortable, cette coutume tend à s’alléger. On le constate d’ailleurs nettement dans les KDrama depuis 2021. La principale priorité pour de nombreux Sud-Coréens, surtout les plus jeunes et les trentenaires, c’est d’évoluer vers un équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Moins de temps avec les collègues et plus avec les membres de sa famille proche. D’ailleurs, l’une des conséquences de cette baisse de fréquence est la diminution flagrante de l’utilisation des Noraebang (karaoké avec des salles individuelles) qui ont fermé par milliers au cours de cette dernière décennie.

Mais pourquoi cet amour pour les ramyon ?

Après la fin de la guerre de Corée en 1953, le taux de natalité en Corée en Sud a explosé. Or, rapidement, la production du riz a été insuffisante et la famine sévissait. Aussi, le gouvernement coréen a promu la consommation de céréales diverses. Et notamment celles de produits à base de farine de blé. Ainsi, à partir de 1969, ces 15 millions de sachets de ramyon qui sont vendus presque chaque année, en particulier, grâce à la multitude saveurs : goût de produits de la mer, le goût d’Udon, le goût de Jajangmyeon… Ultra piquant, un peu piquant ou ou pas épicé… Il y en a vraiment pour tous les goûts et sont disponibles pratiquement partout. L’avantage de ces ramyon est bien sûr le fait qu’elles se préparent en 5 min et peuvent se manger n’importe où. On met d’ailleurs des micro-ondes à disposition dans les superettes pour les faire réchauffer ! Et ce, même si au niveau nutritionnel elles laissent beaucoup à désirer par leur côté industriel ! C’est donc probablement depuis cette époque que découle, l’amour inconsidéré des Coréens pour ces ramyons ! (On se souvient de la connotation de la phrase : « tu viens manger des ramyons chez moi ce soir ? »). En même, temps, les asiatiques, et les Coréens en particulier adorent les nouilles. On le constate à la foultitude de plats avec des nouilles de toutes sortes (blé, riz, soja, patate douce…).

Le myeogguk, la soupe d’algues de chaque anniversaire !!! Symboliquement, les Coréens expriment leur respect à leurs mères, qui s’efforcent de leur donner la vie, puis de les élever en mangeant cette soupe. En effet, traditionnellement les coréennes en mangent après l’accouchement pour sa valeur hautement nutritive. On lui attribue également le fait de  purifier le sang, prévenir du cancer et du vieillissement et de réguler le métabolisme. De quoi repartir du bon pied pour une nouvelle année de vie !!!

Gâteaux de riz (comme offrandes), tofu frais (sortie de prison) et nourritures sucrée ou très épicée contre le stress !

On offre des gâteaux de riz (tteok) aux voisins quand on emménage ou que l’on ouvre un nouveau magasin et un bloc de tofu frais à quelqu’un qui sort de prison ! Pourquoi ? Mystère et boule de riz ! Une tradition quoi ! On mange du sucre (du vrai ou surtout des aliments à base de haricots rouges !) quand on est stressé (boissons, patbingsu, « ice cream », sucettes…) ou au contraire de la nourriture hyper pimentée ! (Comme des pâtes de poulets par exemple !). Il est communément respecté aussi que les résultats scolaires dépendent de ce que mangent les élèves. La réussite scolaire est un sujet avec lequel on ne plaisante pas en Corée du Sud, il est donc logique que tout un tas de superstitions existe à ce sujet. Ainsi, beaucoup d’étudiants vont manger de la nourriture assez collante et visqueuse comme des 엿 (yeot, sorte de “bonbon” coréen) pour que leurs révisions “collent” à leur cerveau !

Bulgogi et barbecues coréens sur pyeong sang !

On constate également un amour immodéré pour la consommation de viandes (porc, poulet, bœuf) préparées aux barbecues. Au restaurant avec la hotte-tuyau anti fumée au-dessus de la table, à la maison en version électrique, sur les toits installés sur l’espèce d’estrade extérieure (le pyeong sang)… Mais dégustez la viande en mode bulgogi c’est tout un art ! Ciseaux et pinces de rigueur ! Et c’est le cadet qui doit couper tout ça et manger en dernier !!!

Les fruits : mets de luxe à manger avec respect !

J’ai vu sur un site qu’une jeune française était en train de râler (Non ? 진짜 ?) parce qu’elle trouvait le prix des fruits hallucinants et scandaleux ! Du vol qualifié selon elle. Euh ? Elle est au courant que la plupart des fruits sont importés et donc reviennent chers ? Oh la Princesse ! On n’est pas en France et on n’a pas les Marocains que l’on peut exploités pour avoir des fruits à bon marché ! En gros, hormis les pommes, les kakis et les poires, les fruits sont très chers et c’est une marque d’estime que de vous en offrir (7.50 euros pour 400 g de cerises, entre 20 et 50 € le coffret de fruits ci-dessus). Donc, si on vous offre un fruit déjà épluché, coupé, présenté dans une assiette à déguster avec une fourchette (toute petite type fourchette pour escargots) c’est que l’on vous porte attention, respect et/ou amour et que l’on vous apprécie !

A noter :

Marmite à riz de compét !

Dans les cuisines citadines modernes peu de différence avec les versions occidentales si ce n’est : les marmites à riz de compétition ! Non seulement elles sont programmables et parlent, mais elles ont même leur tiroir dédié dans les cuisines ! A noter également, le réfrigérateur spécial kimchi (On a bien les caves à vin individuelles en France !). Voir article 6

On remarque aussi qu’on boit de l’eau dans des mugs et tasses et depuis des carafes.

Les Coréens apprécient tout particulièrement les cochons (la viande de porc) et ont des croyances fortes autour de cet animal. Ainsi, si on rêve d’un cochon couleur or, c’est la richesse assurée !

On l’a vu ! Même si les Sud-Coréens changent

leur façon de vivre (ils habitent des grandes villes, seuls et dans de tout petits appartements et travaillent beaucoup), les habitudes ancestrales autour de la nourriture sont encore fortes et respectées.

En moyenne, un Coréen consomme 58 kg de riz par an (62 kg pour un Réunionnais et 4 kg pour un Métropolitain !). Bien sûr en Corée comme ailleurs les choses changent ! En 2020, la consommation de riz est tombée au plus bas et ce, principalement en raison de changements dans les habitudes alimentaires. Les jeunes préfèrent la nourriture occidentale, la fast et la street-food, le pain des chaînes de sandwiches, les gâteaux des chaines de café. On mange de plus en plus de céréales le matin et surtout de sucre. Bientôt l’obésité infantile coréenne ?

Mais il n’empêche ! Les cérémonials et le vocabulaire autour de la nourriture reste toujours au plus profond du cœur de tout coréen. Et c’est tant mieux, car la cuisine coréenne est riche et variée et fait partie intégrante de l’identité coréenne. En un mot comme en cent ! Vive le kimchi !!!

Mad in Palou P I / 2023

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est PALOU_SIGNATURE_2CM.png.

Toutes ou presque, mes sources sont citées dans la chronique « SACERDOCE ».

http://non-gae.blogspot.com/2012/08/mange-du-yeot.html

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